Nul vertige au bord de l’abîme,
ni pouls tremblant à l’approche du bout du chemin ;
l’âme a cédé à son propre cataclysme,
bien avant que le corps ne trace son destin.
Le saut n’est qu’une formalité inerte,
un écho en quête de son propre silence ;
celui qui s’est déjà livré à la mort de son vivant
ne craint ni le vide ni son prix élevé.
Fais ce pas fatal l’esprit serein,
car la peur est un luxe pour qui ressent encore ;
le dernier maillon de la chaîne se brise
tandis que le monde ignore l’évidence.
Alors s’éveillent les fautes endormies
quand l’air se remplit de larmes feintes ;
on cherche des mots jamais partagés
pour celui qui s’est perdu dans l’ombre.
Les morts reçoivent une mer de couleurs,
des couronnes de soie et des parfums d’oubli ;
aux enterrements, il y a mille fois plus de fleurs
que le cœur n’en a connu de son vivant.
Car le repentir est un feu impitoyable,
un poids qui cherche à alléger la conscience ;
on pleure l’absence avec éloquence
pour cacher qu’il n’y eut que de l’indifférence.
La gratitude n’a jamais été qu’un fil ténu,
une voix qui s’éteint face à l’ego et au vacarme ;
mais le pardon accordé au passé
arrive quand le cœur s’en est déjà allé.
Il n’y aura ni douce fin ni lumière sur le rivage,
seulement le jardin d’un regret tardif
où la fleur de la culpabilité brille davantage,
sur la tombe d’un rêve vide.